Monday, May 15, 2006

crimes coloniaux

  • Tous les massacres étaient permis, ordonnés, programmés, licites, il n’ y a qu’à se référer aux écrits coloniaux : déjà en 1845, le docteur Bodichon proclame impérativement:

«Peu importe que la France, en sa conduite politique, sorte quelquefois des limites de la moralité vulgaire; l’essentiel est qu’elle constitue une colonie durable et que, par la suite, elle rende les contrées barbaresques à la civilisation européenne; quand une œuvre doit tourner à l’avantage de l’humanité, le chemin le plus court est le meilleur. Or, il est positif que le chemin le plus court est la terreur ... Sans violer les lois de la morale, de la jurisprudence internationale, nous pouvons combattre nos ennemis africains par la poudre et le fer joints à la famine, les divisions intestines, des guerres entre les arabes et kabyles, entre les tribus de Tell et celles du Sahara, par l’eau-de-vie, la corruption et la désorganisation». cité par Charles-Henry FAVROD dans «La révolution algérienne», p. 23. Plon-Paris 1954.
Le colonel Robin qui participa directement à la répression de l’Insurrection de 1871, écrira dans le même sens que son prédécesseur : «Autrefois, la conscience publique se révoltait en voyant les conquérants du Nouveau Monde exterminer, refouler les peuplades indiennes et achever leur anéantissement en les condamnant à des travaux de mines; en croyant alors que les lois de l’humanité étaient les mêmes pour tous et que, lorsqu’on avait affaire à un peuple barbare, on n’était pas pour cela autorisé à se montrer plus barbare que lui. Aujourd’hui, on ne pense plus de même; il est reconnu qu’un peuple civilisé peut légitimement écraser, fouler les peuplades sauvages ou simplement barbares qui se trouvent sur le passage du progrès. C’est même un devoir d’humanité que de leur porter les bienfaits de la civilisation; la fin justifie les moyens et si les balles ordinaires ne tuent pas assez vite et assez complètement dans l’exécution de cette œuvre, il est permis d’employer les balles dum-dum.
(«L’insurrection de la Grande Kabylie», par le colonel Robin, pp. 518, 519 et 520.
«Quant à la manière de faire cette guerre, j’ai vu émettre deux opinions très contraires et que je rejette également». «D’après la première, pour réduire les Arabes, il convient de conduire contre eux la guerre avec la dernière violence et à la manière des Turcs, c’est-à-dire en tuant tous ceux qui se rencontrent. J’ai entendu soutenir cet avis par des officiers qui allaient jusqu’à regretter amèrement qu’on commençait de part et d’autre à faire des prisonniers et on m’a souvent affirmé que plusieurs encourageaient leurs soldats à n’épargner personne. Pour ma part, j’ai rapporté d’Afrique la notion affligeante qu’en ce moment, nous faisons la guerre d’une manière beaucoup plus barbare que les Arabes d’eux-mêmes. C ‘est, quand à présent, de leur coté que la civilisation se rencontre. Cette manière de mener la guerre me parait aussi inintelligente qu’elle est cruelle» (...). «J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n’approuve pas, trouver mauvais qu’on brûlat les moissons, qu’on vidât des silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes,, des femmes et des enfants».
«Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre. Et, s’il faut dire ma pensée, ces actes ne me révoltent pas plus ni même autant que plusieurs autres que le droit de la guerre autorise évidemment et qui ont lieu dans toutes les guerres d’Europe». «On ne détruira la puissance d’Abde-el-kader qu’en rendant la position des tribus qui adhèrent à lui tellement insupportable qu’elles abandonnent. ceci est une vérité évidente. Il faut s’y conformer ou abandonner la partie» (...) ? «Le second moyen en importance, après l’interdiction du commerce, est le ravage du pays. Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tout le temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet pour s’emparer des hommes ou des troupeaux». (Alexis de Toqueville «De la colonisation en Algérie». pp. 76-77-78 Gallimmard . 1968. «La civilisation, avec toute les disciplines qu’elle comporte, n’a jamais pu être imposée à des pays retardataires autrement que par la force». (Paul Azan «les grands soldats de l’Algérie», cahiers des centenaires de l’Algérie). (p.5).

Le massacre de la tribu des Aoufia : 1832

Sous prétexte qu’une embuscade fut organisée contre une délégation d’auxiliaires, le duc de Rovigo, gouverneur général, ordonne en avril 1832, en guise de représailles, l’extermination de la tribu des Aoufi implantée à El-Harrach, dans les environs immédiats d’Alger.
“Le duc de Rovigo prit une détermination violente que rien ne pouvait justifier ; il fit partir pendant la nuit quelques troupes qui tombèrent au point du jour sur les Ouffia et les égorgèrent, sans que ces malheureux cherchassent même à se défendre. tout ce qui vivait fut voué à la mort, tout ce qui pouvait être pris fut enlevé. On ne fit aucune distinction d’âge ni de sexe (...). Le chef de cette malheureuse peuplade, Rabia, avait été soustrait au carnage ; on le réservait aux honneurs d’un jugement (...). Il fut traduit devant un conseil de guerre, jugé, condamné et exécuté et, cependant, on avait déjà acquis la certitude que ce n’était pas les Ouffia qui avaient dépouillé les envoyés de Ferhat : mais acquitter le chef, c’était déclarer la peuplade innocente et condamner moralement celui qui avait ordonné le massacre.”
(Etienne Pélissier de Reynaud : Annala algériennes, T.I. p. 247.
Le duc de Rovigo signe et persiste et propose de généraliser l’exemple de la tribu des Aoufia :
“L’expédition sur la tribu d’El-Ouffia a tellement dépassé mes espérances que je ne négligerai rien pour me tenir en mesure d’user de moyens semblables, aussi rapidement que je l’ai fait la première fois.” (Gabriel Esquer : Correspondance du duc de Rovigo au ministre de la guerre”, p. 404, T.I. 1914. Le gouverneur général, le duc de Rovigo vante et encourage les auteurs du massacre :
“Maintenant que vous avez jeté la terreur chez les Arabes et que votre armement est complet, je dois espérer plus encore que la dernière fois. Et ce sera avec le même orgueil que je vous présenterai comme le plus redoutable des régiments de cavalerie.” (cité par Michel Habart : Histoire d’un parjure, p. 98, Editions le Minuit, 1960).

L’extermination de la tribu des Hadjout (Mitidja)

“Ainsi, l’extermination devient doctrine officielle. Clauzel revient et en usera. En débarquant, il annonce : “Dans deux mois, les Hadjoutes auront cessé d’exister. Parole fut tenue sauf qu’il fallut non pas deux mois, mais cinq ans.” (Michel Habart : Histoire d’un parjure, p. 99).

Le massacre de la tribu des Ouled Ryah (1845)

Sur ordre de Bugeaud qui se trouvait à Orléansville (El-Asnam-Chlef), le colonel Pélissier pourchasse un millier de personnes (femmes, enfants et vieillards) qui espéraient se réfugier dans des grottes avec leurs bêtes et hypothétiques objets qu’elles avaient pu emporter pendant leur fuite devant les envahisseurs. Hommes et bêtes mourront asphyxiés. Un immense brasier entretenu par les soldats français dégageait à l’intérieur de la grotte du Dahra, le 19 juin 1845, une épaisse fumée. Mille êtres, mille âmes, vivront leur nuit fatale, l’ultime, la plus infernale de toute leur existence. Dehors, Pélissier et ses hommes quiets, alimentaient le feu, insensibles aux cris, aux gémissements et à l’agonie des hommes, des femmes et des enfants.

Témoignage d’un soldat sur les enfumades du Dahra

“Quelle plume saurait rendre ce tableau ? Voir au milieu de la nuit, à la faveur de la lune, un corps de troupes françaises occupé à entretenir un feu infernal. Entendre le sourds gémissements des hommes, des femmes, des enfants et des animaux ; le craquement des rochers calcinés s’écroulant, et les continuelles détonations des armes. Dans cette nuit, il y a eu une terrible lutte d’hommes et d’animaux.”
“Le matin, quant on chercha à dégager l’entrée des cavernes, un hideux spectacle frappa les yeux des assaillants, j’ai visité les trois grottes, voici ce que j’ai vu : à l’entrée gisaient des bœufs, des ânes, des moutons ; leur instinct les avait conduits à l’ouverture de la grotte pour respirer l’air qui manquait à l’intérieur. Parmi ces animaux, et entassés sous eux, on trouvait des hommes, des femmes et des enfants. J’ai vu un homme mort, le genou à terre, la main crispée sur la corne d’un bœuf. Devant lui était une femme tenant son enfant dans les bras. Cet homme, il était facile de le reconnaître, avait été asphyxié, ainsi que la femme, l’enfant et le bœuf, au moment où il cherchait à préserver sa famille de la rage de cet animal.” “Les grottes sont immenses, on a compté 760 cadavres, une soixantaine d’individus sont seulement sortis aux trois quarts morts. Quarante n’ont pu survivre, dix sont à l’ambulance, dangereusement malades. Les dix derniers qui peuvent se traîner encore, ont été mis en liberté pour retourner dans leurs tribus ; ils n’ont plus qu’à pleurer sur des ruines.” (cité par Francis Jeanson dans L’Algérie hors-la-loi, p. 39, Ed. du Seuil, 1955). Un officier de l’armée française, le comte d’Hérisson, rapporte dans son livre : La Chasse à l’homme. “Nos soldats glissaient peu à peu sur la pente insensible qui ramène si vite l’homme civilisé à l’état barbare. Is tuaient sans pitié, ils frappaient sans nécessité, ils mutilaient pour châtier. Un des épisodes les plus affreusement célèbres de cette impitoyable répression avait été celui des grottes du Dahra où de la puissante et nombreuse tribu des Ouled Ryadh, une quarantaine d’individus survécurent seuls à l’incendie.” (cité par Mostefa Lacheraf dans : Algérie et Tiers-Monde, p. 24, Ed. Bouchène, 1989).

Les 25 martyrs de Zéralda (1942)

Le 1er août 1942, le maire de Zéralda enferme 35 Algériens dans une geôle souterraine de 15 m2 dépourvue d’aération. Le lendemain, 25 cadavres sont retirés de la geôle tous asphyxiés par manque d’oxygène. “Vingt-cinq cadavres sont là entassés les uns sur les autres dans toutes es postures, mains crispées, visages grimaçants, le corps tuméfié à peu près méconnaissables. C’est une vision dantesque, eu cette aube d’été.” (Abdelkader Safis : Les crimes impunis du colonialime”. (Abdelkader Safir : Les crimes impunis du colonialisme. Egalité du 16/8/1946).
A. B.
(journaliste-auteur.)